Ce qui se cache derrière…

Il m’est souvent arrivé de marcher dans les rues de Montréal, de Québec ou de Trois-Rivières, et de croiser des hommes ou des femmes qui se parlaient à eux-mêmes, ou à un être invisible, prisonniers de leur monde imaginaire. J’ignore pourquoi, mais je me suis toujours sentie connectée à ces personnes, peut-être parce que je suis écrivaine et que moi aussi j’entre facilement dans mon monde imaginaire…

Les êtres un peu dérangés me fascinent. Ce qui me captive chez eux, ce sont les raisons (événements, maladies, drames) qui sont à l’origine de ce comportement dit « anormal ». Qu’ont-ils vécu pour en arriver à ce qu’ils sont aujourd’hui ? Quel cheminement ont-ils traversé ? 

Parmi ces êtres, ceux qui me touchent le plus sont ceux dont les comportements pathologiques cachent une souffrance émotionnelle causée par ce qu’ils ont vécu durant l’enfance. Par exemple, les enfants issus d’une famille violente ou négligente n’en ressortent pas intacts. Ces êtres brisés, une fois adultes, doivent apprendre à vivre avec de profondes failles psychiques ; des besoins essentiels n’ont pas été comblés durant leur jeune âge, ce qui a engendré chez eux des comportements déviants : TOC, pulsions variées, dépendance… Leur défi consiste donc à se libérer de ce mécanisme automatique interne qui s’enclenche chaque fois qu’ils se retrouvent dans une situation leur faisant ressentir les émotions désagréables à l’origine de ces comportements. 

Dans son livre, Relation d’aide et amour de soi, à la page 153, Colette Portelance explique que :

« [l]a satisfaction ou la non-satisfaction des besoins psychiques [d’amour, de sécurité, d’écoute, de reconnaissance, d’affirmation, de liberté, de créativité] sont toujours accompagnées d’une émotion agréable ou désagréable à vivre. Si ces besoins sont comblés, l’individu connaîtra la joie, le bonheur, la paix. Par contre, si l’un de ses besoins n’est pas généralement satisfait, il sera triste, abattu ou malheureux parce que la satisfaction des besoins fondamentaux est essentielle à l’équilibre du fonctionnement psychique. Le besoin est donc lié à la vie émotionnelle, qui se trouve au cœur du psychisme. C’est pourquoi sa non-satisfaction fréquente perturbe tant l’harmonie intérieure. Elle entraîne tout un processus psychique interne qui, une fois déclenché, se répète sans que le sujet concerné en comprenne les mécanismes et la source. Cette répétition du processus psychique insatisfaisant peut se poursuivre parfois durant des mois et des années, le sujet étant complètement dépassé par ce qui se déroule en lui-même. Mû par un mécanisme interne qui le fait incessamment retomber dans des pièges qu’il ne connaît pas, il devient à la merci d’un système intérieur qui l’envahit entièrement. » 

Dans mon roman, « Le père de mon enfant… », Sahale est prisonnier de ce genre de mécanisme interne. Dès qu’il voit, à la télévision ou dans sa vie de tous les jours, une femme se faire malmener par un homme, il devient victime de pulsions violentes. Une extrême colère l’envahit, et l’envie irrépressible de frapper quelqu’un le saisit. Sahale provient d’une famille où le père rouait de coups la mère chaque fois que ce dernier sentait poindre la menace de la perdre. Protecteur dans l’âme, Sahale tentait toujours de protéger sa mère contre son père, mais lorsqu’il le faisait, son père le punissait avec des bouts de cigarettes allumées qu’il éteignait sur ses mollets. Et Sahale ne devait pas chialer durant la punition, sinon son père l’empêchait d’aller consoler sa mère. Ainsi ont été négligés plusieurs de ses besoins fondamentaux : liberté, amour, reconnaissance, sécurité, écoute… Ce qui a alimenté au fil des ans cette profonde colère en lui, qui se manifeste aujourd’hui par des pulsions violentes incontrôlables. 

Dans mon histoire, les anciens membres des Sémolines — groupe de délinquants juvéniles dont Sahale était le chef durant son adolescence — disparaissent, avant d’être retrouvés morts, l’un à la suite de l’autre. Une enquête policière débute dès la première disparition. Sahale s’inquiète. Joëlle, son ancienne flamme, ex-membre des Sémolines elle aussi, est de retour à Gentilly après dix ans d’absence. Même s’il lui en veut de l’avoir abandonné, il l’aime encore. Et il est terrifié pour elle : si elle tombait aux mains de ce fou dangereux… Par tous les moyens, Sahale veut les protéger, elle et son fils. Mais y arrivera-t-il ? Réussira-t-il à contrôler ses pulsions violentes pour sauver celle qu’il aime ?  

Pour le savoir, il vous faudra lire mon livre, quand il sortira sur le marché. 

J’ai envoyé mon manuscrit à une dizaine de maisons d’édition, autant françaises que québécoises. Pour le moment, j’attends une réponse affirmative de l’une d’elles, celle qui croira en mon histoire et en moi comme autrice. 

En attendant, je vous invite à lire l’extrait suivant, tiré…

du chapitre 2

La chaîne de télévision changea plusieurs fois de suite. 
— Qu’est-ce que… 
Coït, son jeune golden retriever, sortit de derrière le divan, la télécommande dans la gueule. Le chien fixa son maître. Sahale se leva et fit un pas vers lui, bras tendu. 
— Donne, Coït… 
Coït grogna puis s’élança dans le couloir. Sahale courut à ses trousses. Il revint avec la télécommande dégoulinant de bave. Il l’essuya sur son pantalon en pestant contre son cabot ; à l’écran, deux agents de police se penchaient sur le corps d’une femme au visage tuméfié. La journaliste expliquait que le mari s’était volatilisé, que la mort de cette femme résultait probablement de coups et blessures. 
Sahale se figea, les yeux rivés sur le visage de la femme aux paupières closes, gonflées et bleuies, au nez fracassé, aux lèvres fendues et enflées ; du sang coagulé sur sa joue avait pris la forme d’une crinière de lion... Le cœur de Sahale s’emballa et l’envie irrésistible de fracasser une vitre, de battre ce fils de pute l’envahit. Il voulut contrôler ce qui montait en lui, et respira profondément en pensant aux couchers de soleil sur le fleuve Saint-Laurent, mais des souvenirs se superposèrent au présent : sa mère, agenouillée devant son mari, tente de se protéger ; Sébastien lui assène de violents coups de poing à la tête ; le visage de Shumanie, embué de larmes rouges ; sa bouche tordue qui supplie : « Sébastien, arrête… je… t’aime… » ; les yeux enragés du mari aveuglé ; et cette main qui frappe et frappe. 
— FUCK !!!
La télécommande se brisa dans sa main, le téléviseur s’éteignit. Sa tête tournait, et sa poitrine brûlait comme si un flux acide se répandait sous sa peau. Il distingua à peine Phallus ; le chat feulait devant les débris tombés sur le plancher. 
Sacrament !  
Les appeler ? Oui. C’était la seule façon de... Ces deux femmes avaient besoin de lui, et lui d’elles, pour stopper cette chose qui le consumait ! Elles le connaissaient, elles savaient, elles comprenaient, elles étaient toujours disponibles pour lui. Il se jeta sur son téléphone. La sonnerie retentit plusieurs fois ; il allait raccrocher quand une voix suave répondit. 
— Cassandre, s’écria Sahale, c’est moi… Est-ce que tu… (…) Oui. Et Judith aussi ? (…) OK, je passe vous chercher. 
Sa poitrine le brûlait. 
La patère..., mon manteau..., mes clés... 
Se retrouver exigeait un effort surhumain. En plus de ce feu qui le dévorait, ses cicatrices aux mollets lui faisaient un mal de chien. Ces petits ronds de chairs rosées lui rappelaient trop le passé... 
C’était insupportable ! 
Il claqua la porte. 

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