L’ESPIONNE AU SUPERMARCHÉ

Pendant que Misery des Beatles joue en sourdine, Anna Bond pousse à bout de bras son chariot dans la rangée 1 puis l’arrête sec. Bon, de quoi a-t-elle besoin, ici? En rongeant un ongle, elle inspecte sa liste. Ha oui! Du savon à lessive. À sa droite, sur le présentoir, des tonnes et des tonnes de bouteilles, des moyennes, des grandes, des jaunes, des vertes, des oranges… Laquelle choisir? Il y en a trop. Elle n’a pas de temps pour lire les étiquettes. Oh, des petits manchots sur celle-là! Comme c’est mignon! Elle prend donc la blanche avec l’écriture bleue et les trois manchots dessus. Un détergent certifié écologique! Anna sourit. Elle qui voulait contribuer à la préservation de la planète, ça commence bien. Puis aussi vite qu’elle est arrivée, elle repart et se rend dans la rangée 2. 

Elle observe distraitement sa feuille, les pensées ailleurs. Deux-seules-minuscules-semaines, depuis trois ans. Il faut que j’en profite, ne pas perdre mon temps ici. Oui, bon, trois conserves de soupe aux tomates, cinq de crème de poulet, des nouilles en sachets… Du regard, elle inspecte la zone. Misère! Elle s’est carrément trompée de rangée. C’est sans doute dans la 3. D’un mouvement rapide, elle fait pivoter son chariot, et… 

BANG!

« Bon sang! Vous ne pourriez pas faire attention! » Un homme, un grand. Un pétard dans la jeune quarantaine. Cheveux très courts, bruns. Yeux en amande, bleus, qui la fixent sévèrement. Corps athlétique. Chemise en soie verte avec un appareil multifonction portatif dans la poche, des écouteurs dans les oreilles. Une odeur fraîche. Il travaille dehors. Un jardinier? Non, vu son air un peu snob. Un propriétaire-jardinier? Peut-être. 

Anna, attention aux… 

Oui, je sais. Elle déplace son chariot.

« Excusez-moi, bredouille-t-elle, je ne vous avais pas vu, je suis pressée…

– Je vois bien ça. Il faut regarder avant de tourner, comme avec les voitures. »

Elle hausse les épaules et passe à côté de lui. Une montre en or à son poignet gauche et des chaussures en cuir aux pieds. Il n’est pas pauvre, celui-là. Des mains larges et solides, fermes pour guider un troupeau de… Un propriétaire de ranch! Oui! Elle frissonne, elle l’imagine au centre d’un pâturage, torse nu, entouré d’étalons pur-sang. Wooouuu! Depuis combien de temps n’a-t-elle pas fait l’amour? Depuis Hugues, il y a au moins trois ans! Trois ans… Elle est une sainte, c’est sûr! Hugues… qui fait maintenant sa vie sans elle. À cause de… Elle serre les poings, sentant monter une vieille colère. Et Lennon et McCartney qui entonnent : “Without her I will be in misery… Oh oh ho.”   

Misère! Cette chanson… Reprends-toi, Anna. 45 kilomètres de vélo t’attendent. La journée est splendide.

Elle regarde sa liste, puis continue ses emplettes, au pas de charge. Elle termine sa tournée dans la section des fruits et légumes avec leurs immenses paniers usés, répartis un peu partout, et remplis de carottes, de courges, de poivrons, rouges, verts, orangés, mauves… Mauves! Ce n’est pas naturel, ça! Et hop! Un poivron mauve dans son chariot! Trop bizarre! Puis elle cherche le comptoir des aliments biologiques, en vain. À la place, elle ne voit que ces vieilles mannes bourrées de laitues romaines, frisées, pommées, de poireaux, de pommes de terre, de tomates accompagnées de… Mais c’est quoi ce truc? Elle se penche, prend le sac et se met à humer les feuilles vertes très odorantes. Un souvenir surgit. Une assiette de pâtes fraîches nappées de sauce rosée. Et des petits morceaux de feuilles vertes hachées sur le dessus. Du basilic frais! Quand elle était adolescente, Anna raffolait de ce plat que sa mère cuisinait seulement pour elle. Sa mère… Décédée depuis cinq ans. Juste à y repenser, sa gorge se serre. Si elle avait été là, elle aurait su raisonner son père et il n’aurait pas agi comme il l’a fait. Ne rumine pas le passé, Anna, ça ne sert à rien. Oui, bon, d’accord. En se ressaisissant, elle jette un regard impatient autour d’elle. Où donc est ce foutu comptoir d’aliments biologiques? Il n’y a que ces corbeilles chargées de radis, d’oignons, d’ails… Et là, dessous ces miroirs poussiéreux et craqués, longeant les murs suintants d’humidité, des rangées d’oranges, de fraises, de bleuets, de raisins… La salade au complet, tiens! Avec, pour décorer le tout, des fleurs en plastique. En plastique! Ils auraient pu au moins en mettre des vraies! Franchement, à quoi ils pensaient?    

Cinq minutes plus tard, elle trouve, derrière un muret, ce qu’elle cherchait. Enfin! Elle prend deux tomates, le premier sac de pommes qu’elle voit et un autre de carottes. Voilà, sa part pour la planète sera faite. Maintenant, direction le comptoir-caisse.

Le beau propriétaire de ranch attend au comptoir numéro 4pendant qu’une employée au visage rouge termine d’empaqueter les articles du vieil homme avant lui. L’homme à la montre en or lance sans arrêt des coups d’œil vers les étalages. Redoute-t-il quelque chose? Anna ressent son habituel frisson à la nuque, celui qui l’avertit lorsqu’une scène louche se déroule devant elle. Ses sens d’espionne s’aiguisent, et elle pousse son chariot vers le comptoir no 3. 

« Romain! » aboie soudain une voix stridente sortie de nulle part. 

Il se retourne. Une dame tout en longueur — les jambes, le corps, le cou, la chevelure rousse —, le fusille du regard derrière ses lunettes de soleil. Une longue perche, se dit Anna, tout à fait élégante dans sa robe d’été fleurie, et qui pourrait aussi bien apparaître sur les planches et incarner une diva. Ses lèvres badigeonnées de rose vif ne cessent de trembler : « Tu l’as encore fait, hein? » hurle-t-elle avec véhémence à Romain.

Il attrape sa main, délicatement : « Tais-toi, Marylin, tout le monde t’entend et… 

− Je m’en fous! » crache-t-elle sur un ton théâtral. Elle se dégage brusquement de sa poigne : « Écoutez-moi tous! ordonne-t-elle aux gens en pointant un bras accusateur vers Romain. Cet homme est un menteur, un hypocrite, un… »

Romain s’avance alors vers elle et la presse contre lui avec force en lui chuchotant à l’oreille. Le visage de Marylin pâlit, et elle se met à serrer les poings à s’en rompre quasiment les jointures. Pauvre elle, se dit Anna. Ne pouvant faire autrement que de se résigner, Marylin relâche ses doigts, saisit dans son panier un sac de farine qu’elle dépose sur le comptoir en balbutiant des excuses aux clients et à la caissière.

Le beau propriétaire lance des regards furtifs vers Anna qui commence à décharger son chariot. Qu’est-ce qu’il a à la zyeuter? Saurait-il par hasard qui elle est? Sûrement pas, voyons! Ce n’est pas écrit sur son front qu’elle est une espionne, tout de même! Et fringuée comme elle est, avec ses cuissards et sa camisole ajustée, prête pour une randonnée en vélo, il faudrait être télépathe pour découvrir son véritable métier. En empilant ses aliments sur le comptoir, Anna ne peut s’empêcher de les épier du coin de l’œil. Ils sont en train de vider leur panier, silencieux, comme deux automates. Forment-ils un couple d’amoureux? Si oui, un couple malheureux… Aucune vie, ni chaleur, ni joie ne circulent entre eux. Peut-être que sous les airs de gentleman de cet homme se cache un réel menteur, un hypocrite, comme Marylin l’a si vertement insulté. Un amant qui l’aurait trompée. Et elle aurait voulu se venger, en public… Pourtant, cette lionne en colère s’est toute de suite transformée en agneau après qu’il lui a chuchoté quelques mots à l’oreille. Pourquoi? Que lui a-t-il dit au juste? Anna Bond veut le savoir. Cette situation est trop étrange. Elle doit les suivre… 

Le couple sort du supermarché. La femme est toujours blême et Romain tient sa main avec fermeté. Anna paie ses achats et marche derrière eux. Misère! Ma voiture est loin de la leur. Elle se met à courir vers sa Volvo, en continuant de les épier. Tu as beau être un pétard, tu n’es pas net, toi…pense-t-elle en le voyant ranger les sacs dans sa rutilante Mercedes Benz de l’année aux vitres noires. Wow! Propriétaire de plus d’un ranch, à mon avis, à moins que… qu’il soit trempé dans le crime organisé! Anna plisse légèrement les yeux, saisie par un frisson à la nuque. Cet homme n’est pas ce qu’il laisse paraître. Vite, elle pose ses sacs d’épicerie sur le siège arrière, retourne le chariot puis s’engouffre dans sa vieille Volvo. Ils partent et elle les prend en filature. En route, elle ouvre sa radio et c’est Lennon et McCartney qui chantent… 

Misère! Encore cette chanson!

Un peu plus tard, la voiture aux vitres teintées s’immobilise devant une bâtisse ornée de grandes fenêtres et d’une enseigne lumineuse : “Le Hi-Tech Boutick!” 

Ce magasin, elle le connaît, l’agence pour qui elle travaille achète presque tout leur matériel d’espionnage ici. Romain s’éjecte de sa Mercedes en surveillant les alentours, l’air soupçonneux. Il entre dans le commerce et en ressort aussitôt avec une grosse caisse qu’il dépose dans sa valise avant de se précipiter à l’intérieur de la berline et de démarrer en faisant crisser les pneus. 

Anna Bond ne les perd pas de vue. Ils roulent dans les quartiers résidentiels, se faufilant entre les automobiles, tournant tantôt à gauche, tantôt à droite, traversant des ruelles. Après une demi-heure, elle frappe le volant : « Qu’est-ce que je fous, là? »

Elle s’en veut. Elle devait profiter de cette journée pour faire du vélo. Mais non, il a fallu que son instinct d’espionne prenne le dessus. Elle devrait sur-le-champ rentrer chez elle, avant qu’elle ne gaspille tout le contenu de son épicerie. Son gâteau surgelé, surtout. Il doit avoir ramolli et son crémage s’être liquéfié. Alors qu’elle décide de faire demi-tour, la Mercedes accélère et emprunte la rue où habite son vieux père. 

« Hein? »

Anna continue de suivre la voiture qui s’immobilise devant la maison verte au toit rouillé. Un nœud se forme dans son ventre. Depuis combien de temps n’est-elle pas retournée voir Pierre-Yves Bond, le grand espion à la retraite? La dernière fois, ils se sont engueulés ferme. C’était quand elle logeait chez son père parce qu’elle ne pouvait plus payer son loyer. Une période sombre de sa vie, avec ses nombreuses sorties, ses beuveries, ses défonces… Une époque où — maintenant, elle le sait mieux — elle reniait son hérédité paternelle. Son père n’aimait pas ses fréquentations. Elle côtoyait Hugues Laforce, le chanteur d’un groupe pop-rock encore inconnu. Son coup de foudre, sa raison de vivre… Pierre-Yves les a surpris en train de faire l’amour dans le salon. En voyant le magnum 357 braqué sur ses testicules, Hugues a pris ses cliques et ses claques et est sorti à toute vitesse de la maison, et malheureusement de sa vie. Anna en a tant voulu à son père qu’elle est partie, le lendemain, en claquant la porte, sans jamais revenir, jusqu’à ce jour. Cela remonte à trois ans… 

Elle gare la Volvo un peu plus loin. Dans son rétroviseur, elle les voit jaillir de la berline, elle, avec les sacs d’épicerie dans les bras et lui, avec la grosse caisse et… Oh mon Dieu! Il a une arme à sa hanche! Anna s’éjecte de sa voiture et se glisse furtivement derrière les arbres jusqu’à la demeure de son paternel pendant que le couple entre. Elle scrute les persiennes, mais les rideaux sont tous tirés. Comme d’habitude…. Elle escalade les marches du balcon et pose une oreille contre la porte. Doit-elle frapper? Un effluve de basilic lui titille le nez. Des pâtes? Pierre-Yves a préparé la sauce de sa mère, sa préférée… À ces gens? Son cœur se serre. C’était pourtant sa recette, à elle toute seule. Elle entend son père. Sa voix résonne de l’autre côté : grave, triste, usée. Comme ça fait longtemps! Le sait-il qu’elle est devenue une espionne, comme lui? Romain l’engueule. La femme se met à pleurer. Pierre-Yves tente de la consoler.  

« Romain, ordonne soudain la voix rauque mais ferme de Pierre-Yves, range ton arme. Ne fais pas le con, vieux. Non… »

Une décharge d’adrénaline envahit d’un coup le corps d’Anna qui, sans attendre, ouvre grand la porte.

« JOYEUX ANNIVERSAIRE, ANNA! 

– Hein!?! »

Partout, des ballons multicolores s’élèvent au-dessus de ses tantes, de ses oncles, de son frère puis sa femme et leurs trois ados. Quelqu’un ouvre les rideaux et des rayons de soleil illuminent une longue banderole collée sur le mur d’en face : “Bonne fête à la super espionne”. Sur la table, autour, la vaisselle bleue de sa mère, celle qu’elle utilisait pour les grands jours; au centre, du pain et une gigantesque salade verte. Puis au bout, un énorme gâteau avec 25 chandelles et le dessin d’un magnum dessus. Son anniversaire? Mais il n’est que dans deux jours! Pierre-Yves s’avance vers elle, l’air coupable : « Anna, ma fille… » hésite-t-il avant de lui prendre les mains. « Tu ne m’as pas donné le choix. » 

Romain et Marylin s’approchent d’eux. 

« Lui, c’est Jean et elle, Maryon. Ils sont comédiens. »

Anna les fixe à tour de rôle, la bouche ouverte d’étonnement : « Mais… » Puis elle fusille son père du regard. « De quel droit oses-tu f… » Elle s’interrompt, tout le monde l’observe. Elle inspire profondément pour se calmer. Relaxe Anna, ne montre aucune émotion, reste neutre…

« Je le savais que ça marcherait, fille, lance soudain son père d’une voix enjouée. Tu es une espionne dans le sang, et tu as mordu à l’hameçon. »

Il le sait! Non, c’en est trop…Le visage d’Anna s’empourpre, et elle frappe Pierre-Yves sur l’épaule : « Espèce de… 

– J’ai préparé la sauce de ta mère, ajoute-t-il prestement, un éclat d’inquiétude dans le regard. J’ai pensé que… 

Anna fronce les sourcils en serrant la mâchoire. 

Aaaah… lui!

« J’ai autre chose pour toi, fille, lui confie-t-il. » 

La foule dans la cuisine se scinde en deux, puis un homme masqué, une guitare dans les bras, marche lentement vers eux en chantant : « Cos everyone can see. Without her I will be in misery. … »

Mais c’est quoi, ce délire? Anna retient son souffle. Cette voix… Incertaine, elle interroge son père du regard. Le dos légèrement voûté, il s’avance vers elle, un faible sourire aux lèvres, et se penche pour lui chuchoter à l’oreille : « Jamais je n’aurais dû agir comme je l’ai fait. » 

Des larmes embrouillent soudain sa vue. Anna fait brusquement volteface en essuyant ses yeux et s’approche de l’inconnu déguisé. Une fois près de lui, elle relève le masque et… 

« Joyeux anniversaire, bébé. »

Hugues…

Elle recule d’un pas et se fige, les deux mains sur sa bouche. Ses yeux ne cessent de cligner, essayant de retenir l’eau qui s’échappe. 

« Je suis juste un crétin de mec à la con, dit-il en posant la guitare contre le mur. J’ai flanché. Un vrai pas de couilles. Mais là, je… » 

Anna n’entend pas la suite. Il a flanché! Son ventre se durcit, une colère subite l’envahit. Elle crispe ses poings et lui assène un violent coup au visage. Des murmures désapprobateurs se répandent dans la cuisine.

« Allez, tout le monde, lance soudain Pierre-Yves d’une voix forte, dans le salon. Un cocktail vous attend. » 

Pendant que la famille quitte la pièce, Anna rougit de rage : « Ça t’a pris trois ans! lui crie-t-elle. Et moi…  

– Oui, et toi? l’interrompt-il en essuyant sa lèvre fendue. Parlons-en! Où tu te cachais depuis ce temps? Ni chez ton père, ni chez Lorie, ni chez Greg… Personne ne savait où tu étais. Tu as complètement disparu! Ouais, je l’avoue, ton vieux m’a foutu une de ces trouilles, mais ça n’a pas duré trois ans, bébé, juste trois mois. Après, j’étais incapable de vivre normalement, il y avait ce vide, là… » Il touche sa poitrine. « Pis je t’ai cherchée comme un fou… » Il s’avance vers elle, effleure sa joue du bout de ses doigts. Anna frissonne à son contact. Son parfum, mélange d’orange et d’épices, lui titille les narines, lui rappelant des moments avec lui. « Et toi, Anna, as-tu au moins essayé de me joindre? »

Elle recule d’un pas et le darde de son regard tout à coup enflammé, les mains sur les hanches : « Qu’est-ce que tu crois? Que j’allais laisser mon père nous séparer? Voyons Hugues! Tu devrais pourtant le savoir! Avec tous les messages que je t’ai laissés sur ta boîte vocale. Pendant trois mois, tous les jours, des dizaines de fois. Aucune réponse de ta part. Rien. Je me suis même rendue chez toi, mais… ton coloc m’a dit que tu t’étais vo-la-ti-li-sé! Quelque part, il ne savait où! 

− Je…

− Ne m’interromps pas, veux-tu ? » Elle enchaîne : « Tu ne voulais plus de moi, misère! J’ai eu tellement mal, Hugues! Je t’ai haï… » Elle s’arrête une minute, fixant le plancher, inspire profondément puis relève la tête : « C’est là que j’ai décidé de changer de vie. Je suis devenue espionne, comme mon père. Partir en mission, loin de tout, de toi et de lui, rencontrer des dangers… M’occuper l’esprit pour ne plus penser à toi, à nous.  

− Bébé… je suis désolée. » Avec délicatesse, il saisit sa main et tente de la tirer vers lui, mais elle résiste, se raidit, le foudroie du regard.

« Peux-tu bien me dire où tu étais durant ces trois mois-là? »

Il abaisse légèrement les paupières : « Chez ma sœur… à 200 kilomètres d’ici. C’est Bruno qui a pris tous tes messages et les a effacés, à ma demande. Je suis vraiment un con… » Il attache ses yeux aux siens. 

Anna le dévisage, et ignore quoi faire. Son corps… si proche, son odeur qui l’enivre et lui a tant manqué. Et lui, avec sa bouche invitante, ses iris verts qui l’implorent, qui l’aiment encore, elle. Misère! Il ne m’a pas oubliée! Il m’a cherchée…. Elle hoche la tête en soupirant, ébauche un faible sourire puis se laisse faire. Hugues la serre si fort contre lui qu’elle suffoque.

« Si tu savais comme… » susurre-t-il à son oreille avant de plaquer ses lèvres contre les siennes. 

Anna frémit de plaisir. 

Enfin…