TRANSMUTATION LITTÉRAIRE

Le chemin que prend la création d’une histoire est parfois surprenant. Si je vous dis cela, c’est parce que mon roman Les Sémolines a subi d’importantes amputations dernièrement, puis de nombreuses greffes. Quand j’ai écrit ce roman, je me cherchais comme écrivaine, j’étais dans une forme d’errance, sans trop le savoir. J’avais une certaine conscience de ce que j’avais écrit ; il y avait tant de choses dans cette histoire, tant de sous-intrigues ! Une histoire dense, trop dense. Derrière cette densité se cachait la vraie histoire, celle que j’ignorais encore que ce fut cette histoire-là que je voulais écrire. Ça me fait penser au sculpteur qui attend devant son gros bloc de pierre. Sous la densité de la roche se trouve l’œuvre d’art. C’est à peu près ce que j’ai vécu. Sous la densité d’intrigues secondaires se dissimulait l’histoire d’amour entre Joëlle et Sahale. C’est ça que je voulais écrire : une histoire d’amour. Parce que je le réalise de plus en plus, je suis une autrice de romance. Eh oui ! C’est ce que je suis. Je ne suis pas une écrivaine littéraire. Ce qui me branche, moi, ce sont les histoires d’amour. Depuis l’âge de 6 ans, les relations amoureuses ont toujours été au coeur de ma vie. C’est à cet âge que j’ai eu mon premier petit ami. Durant mon adolescence et ma vie de jeune adulte, j’ai lu une tonne de romances (roman, roman feuilleton, BD…) Et dans toutes les histoires que j’ai écrites (celle publiée et les nombreuses autres non publiées), il est toujours question d’une intrigue amoureuse entre deux personnages. 

Depuis que j’ai apporté les dernières transformations aux Sémolines, je tripe à fond ! Je suis super heureuse, et tous les matins, j’ai juste une envie : retourner à mon histoire et l’améliorer. Une belle lumière m’habite, une euphorie aussi. Et une profonde paix : je sais un peu mieux qui je suis comme écrivaine. 

Cette histoire s’appelle désormais La famille qu’elle veut, et met l’accent sur la relation amoureuse entre Sahale et Joëlle (C’est donc une romance Young Adult). J’ai encore davantage approfondi le personnage de cette dernière ; longtemps est-elle restée loin de moi, cette Joëlle ! Durant les récentes réécritures, j’ai pu enfin poser le doigt sur son conflit intérieur. Et là, je la trouve beaucoup plus intéressante. Ce qu’elle est prête à accomplir, à sacrifier, par amour pour son fils me touche beaucoup et m’interpelle.

Quand on a un enfant, les priorités changent ; ce qui importe, ce ne sont plus nos petits besoins individuels, mais le bien-être de notre enfant. Si le parent éprouve des troubles psychologiques ou autres, eh bien, pour l’équilibre de sa progéniture, il est de sa responsabilité d’aller consulter et de régler ses bobos, pour pas que l’enfant en subisse les conséquences, une fois adulte. 

Malheureusement, ce ne sont pas tous les parents qui sont conscients de leurs problèmes ou qui ont à cœur le bien-être de leur enfant, à court et/ou à long terme, parce que d’autres priorités accaparent leur vie : le travail, l’argent, les hobbys, les intérêts personnels… Pour certains, même, élever un enfant, c’est comme ça ou comme ça ; c’est à l’enfant de s’endurcir et de se relever par lui-même. Ou bien d’autres ignorent complètement comment élever un enfant… Bref, être parent ne vient pas avec un livre d’instructions. La plupart font ce qu’ils peuvent, au mieux de leurs compétences et connaissances, avec ce qu’ils ont/sont. Ce qui engendre tout de même les défis que l’enfant doit relever une fois adulte.

Et ce ne sont pas tous les adultes qui ont la capacité de gérer les failles que leurs parents ont créées en eux. Certains, comme Sahale, l’un des protagonistes de mon roman, trouvent des moyens peu orthodoxes pour canaliser leur pulsion, ce qui les place dans un équilibre précaire, facile à déstabiliser.  Mais il y en a qui se servent de leur passé pour grandir et aller plus loin. Ils sont conscients que tout a une raison d’être dans la vie : celle de faire évoluer l’humain. C’est ce que le père de Sahale a fini par comprendre. S’il est revenu dans la vie de son fils, après huit ans durant lesquelles il a été porté disparu, c’est dans le but d’assumer, comme père, ce qu’il a créé chez Sahale, et cela, en l’aidant entre autres à évacuer sa colère contre lui, mais aussi en offrant son aide, comme consultant, à l’enquête policière menée à la suite de la disparition de Suzie Vachon et de Luc Denis, deux ex-membres des Sémolines, groupe de délinquants juvéniles que Sahale a fondé à l’époque.

Depuis l’adolescence, Sahale est aux prises avec des pulsions violentes : son père battait sa mère quand il était enfant, et le martyrisait physiquement et psychologiquement. Dès qu’il est témoin de la maltraitance d’une femme, Sahale tilte. Et là, il apprend qu’il est lui-même père d’un garçon de dix ans. Comment deviendra-t-il le père que Joëlle souhaite qu’il devienne pour leur fils ? Mais surtout, comment Joëlle parviendra-t-elle à l’aider pour qu’il soit le meilleur père pour Cédrik ? Quel défi sera-t-elle prête à relever pour atteindre son objectif ? C’est ce que raconte mon histoire La famille qu’elle veut. Mais elle raconte aussi le chemin escarpé que Joëlle et Sahale empruntent, bien malgré eux, pour former à nouveau un couple. 

Sur le blogue, dans la rubrique Mes romans / La famille qu’elle veut / Les extraits, vous trouverez une nouvelle version des deux premiers chapitres de cette histoire. Je crois que ce sont bien les dernières versions, mais… avec tout ce que j’ai vécu avec ce roman, depuis 2012, l’année où j’ai jeté les bases de ce récit, je ne veux pas me prononcer trop vite. Avec le temps, j’ai compris que le métier d’écrivain demande beaucoup d’humilité : rien n’est coulé dans le béton ; tout est en continuelle transformation, mutation ; ça change, ça évolue… jusqu’à ce que l’histoire se tienne debout toute seule. Et encore… On ne sait jamais quand c’est réellement fini. 

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