LA MAGIE DES MOTS

Les mots sont vivants. Dès qu’une phrase est écrite, si elle est lue, elle produit des images dans la tête, elle crée un effet. Prenons par exemple :

« Marie saisit le couteau et l’enfonça dans le cœur de la bête malade. » 

Cette phrase est une phrase d’action. On voit une fille, on ignore si elle est jeune ou non, on voit sa main saisir le couteau, on voit cette femme lever son bras et l’abattre sur la bête. La bête n’est pas précisée : on peut imaginer un chien, un chat, un cerf, un sanglier… Le décor où se déroule l’action n’est pas spécifié non plus. Sommes-nous dans une ferme, à l’intérieur ou à l’extérieur, en pleine forêt? On l’ignore. On sait juste que Marie a mis fin aux souffrances d’une bête malade. Dans quel but? On l’ignore aussi. 

Maintenant, si on ajoute un peu de chair à cette phrase d’action :

« Marie saisit le couteau, hésita un moment, puis l’enfonça dans le cœur de la bête qui gémit de douleur. Elle se détourna, étouffant un sanglot, puis fixa le plancher, jusqu’à ce que la bête ne produise plus aucun son. »

Ces phrases d’action apportent un peu plus d’informations : l’acte que Marie vient de commettre, elle l’a fait à contrecœur, comme une nécessité, dans le but probable de ne plus faire souffrir la bête. « Elle fixa le plancher » indique que l’action se produit à l’intérieur. Est-ce dans une maison, une vieille cabane en bois, une grange? On l’ignore encore. 

Ajoutons-y un peu plus de chair et d’atmosphère :

« Les rayons du soleil traversaient la vitre brisée de la vieille grange de Wally, et recouvraient Pino, le labrador malade de Marie. La bête était couchée en boule et respirait avec difficulté. Le grincement d’une porte se fit entendre, Pino leva son museau. Une adolescente aux cheveux roux noués en une longe natte s’approcha. La queue de Pino balaya le sol poussiéreux. Marie déglutit en s’agenouillant près de lui. Elle caressa doucement la tête de son ami : “C’est pour toi que je le fais, pour que tu arrêtes de souffrir…” Pino lui lécha la main et posa sur elle un regard vitreux dépourvu de toute étincelle. Marie échappa une larme, elle l’essuya puis saisit le couteau suspendu à la petite table derrière elle. “Je t’aime…” Sa voix, un murmure. Elle leva le bras, hésita un moment, puis enfonça la lame dans le cœur du chien qui gémit de douleur. Elle se détourna, étouffant un sanglot, puis fixa les dalles de ciment jusqu’à ce que la bête ne produise plus aucun son. » 

On en sait un peu plus, n’est-ce pas? On connaît le lieu de l’action, les noms des personnages, l’émotion de Marie, la nature du lien qui unit la bête à sa maîtresse. Des descriptions ont été ajoutées pour apporter plus d’atmosphère : on est dans une grange, le sol est poussiéreux, on peut voir, même si ce n’est pas spécifié dans le texte, la fine couche de poussière qui danse dans la lumière du soleil. Ce passage apporte un peu plus de chair autour de l’os. La vie prend forme, un flot circule dans le texte, entre les mots, une énergie qui anime les personnages… 

Ainsi, les mots ont créé la vie : un être est bien apparu dans notre tête, avec des émotions et une situation difficile à vivre. C’est la magie des mots. 

Quel est donc le vrai mécanisme derrière cette magie? 

Votre attention, captée par les mots, les phrases, les idées et les images que ces dernières véhiculent, vous transporte dans une sphère intérieure accessible uniquement à vos corps intérieurs (corps émotionnel, corps des mémoires, corps mental et corps intuitif). Ces corps ne vivent que dans le monde invisible aux yeux humains. Et les mots ont le pouvoir de nous y transporter. 

Une très grande part de subjectivité œuvre dans ce processus. En effet, le papillon bleu que je vois dans ma tête en l’évoquant n’est sûrement pas le même que celui que vous voyez actuellement dans votre tête. Mais ce sont deux papillons bleus qui existent et vivent dans un monde invisible. Pour accéder à ce monde, il s’agit simplement de poser notre attention sur l’image, le personnage, l’objet décrit en mots pour le voir apparaître dans notre tête. L’attention est le mot clé. Grâce à elle, non seulement nous pouvons voyager dans les mondes intérieurs, mais nous pouvons aussi réaliser nos rêves.

Quand j’étais enfant, je désirais par-dessus tout être magicienne. Tous les soirs, quand ma mère me bordait, je lui demandais comment faire pour en devenir une. Elle me répondait d’y croire de toutes mes forces et un jour, ça allait arriver. Le croyait-elle vraiment? La magie, existait-elle à ses yeux à l’époque? Je l’ignore, et ce qu’elle pensait n’a désormais plus aucune importance aujourd’hui. Cependant, elle a eu raison. C’est arrivé! Je suis devenue une magicienne : je suis capable de créer la vie grâce à des mots, je fais apparaître des images dans la tête des gens, j’y fais vivre des personnages avec des émotions, des rêves, des problèmes… Tout cela est arrivé parce que j’avais vu dans ma tête qu’un jour je deviendrais magicienne. 

Le pouvoir de l’attention se conjugue bien avec le pouvoir de l’intention. L’intention est le sentiment qui accompagne la visualisation. Pour qu’un rêve se manifeste dans notre vie, on doit l’imaginer avec le plus de précisions possibles et faire comme s’il était déjà réalisé. Autrement dit, ressentir les sentiments vécus une fois le rêve réalisé. 

Lorsque l’attention est jumelée à l’intention, la dernière étape est de lâcher prise avec confiance. On abandonne le rêve entre les mains de la Vie, avec joie et gratitude. La gratitude est importante. Nous remercions la vie pour la réalisation de notre rêve. On se remplit alors le cœur d’amour en accomplissant nos tâches quotidiennes, en sachant que tout ce qui va arriver sera pour notre bien. Ça ne peut être autrement.  

Mon cheminement d’écrivaine m’a fait vivre diverses situations tels la maladie, des périodes de dépression, un épuisement professionnel, une certaine reconnaissance de mon pouvoir, les ateliers d’écriture, la recherche frénétique de m’améliorer, les moments de doutes, une publication sans grand succès, des rejets, du travail acharné, un déni total de ma réalité profonde puis afin l’acceptation. 

Je ne peux plus le nier, je suis écrivaine, et cela, dans chaque fibre de mon être. 

Je suis la Dame Magicienne… 

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