ÊTRE AU SERVICE DE L’HISTOIRE

Voici un article que j’avais écrit sur mon autre blogue, en janvier 2016. Je le trouve pertinent avec ce que je dis sur la page Les Sémolines et dans l’article La réécriture.


Vendredi dernier, à 17 h 59, j’écrivais le dernier mot de mon histoire, celle dont je rédige le premier jet depuis l’été 2012. Je suis assez contente de moi-même. J’ai écrit le mot FIN ! Après 424 pages d’écrites, 424 pages dans lesquelles j’ai dû plonger dans mes entrailles pour trouver la matière intérieure de mes personnages. J’ai dû ouvrir, laisser couler, être un simple canal pour eux… Cette histoire me tient à cœur, elle parle de Sahale Bichonnet, un homme aux prises avec des pulsions violentes qu’il arrive à maîtriser en baisant des femmes. C’est dans cet équilibre précaire que ce personnage se trouve au début de l’histoire. Sa vie pourtant basculera, des situations lui feront perdre pied : son ex-petite amie est de retour avec un enfant ; Suzie Vachon, une ancienne membre des Sémolines (groupe de délinquants juvéniles créé par Sahale pour augmenter la vigilance de son flic de père, batteur de femme) disparait sans laisser de traces, ce qui met en rogne Rick Poirier, ami et patron de Sahale et ex-chum de Suzie ; le père de Sahale, Sébastien Bichonnet refait surface dans la vie de sa mère après avoir disparu pendant plus de 10 ans. Bref, ce roman est dense, très dense. J’aime les histoires denses, car la vie est ainsi faite.

Dès mardi, le 12 janvier, je m’attelle à la réécriture (aux réécritures) de cette histoire.

Déjà celle-ci se termine qu’une autre se pointe le nez et insiste de plus en plus. Il va me falloir m’asseoir et commencer à écrire ce qui veut sortir. C’est super tripant ! Je suis réellement une écrivaine. Les histoires se bousculent l’une à la suite de l’autre pour sortir et vivre dans le monde. Et mon séjour en Espagne, les lieux que j’ai visités feront partie de cette nouvelle histoire. 

J’ai la ferme conviction que chaque histoire enseigne quelque chose à celui ou celle qui l’écrit. 

Durant les déplacements entre les villes en Espagne, j’ai lu un livre qui m’a fait beaucoup de bien, c’est un essai sur la création littéraire, Les voies de l’inspiration, de Jean-Noël Pontbriand. Ce livre est venu mettre des mots sur ce que je vis comme expérience quand j’écris. 

Voici quelques extraits qui me parlent vraiment.

« Être inspiré signifie être envahi par une certaine force ou un certain pouvoir qui tout à coup rend le langage de celui qui est le siège de ce phénomène, porteur d’une lumière grâce à laquelle celui qui écrit autant que celui qui lit sont envahis par une présence qui les remplit et leur permet de voir autant le monde qu’eux-mêmes d’une façon non seulement différente, mais radicalement différente. » P.182

« Ainsi qu’il en va pour les poètes qui osent aller jusqu’au bout (selon l’expression de Cendars dans la Prose du Transsibérien), jusqu’à ce que leur voix ait été submergée par la Voix et en devienne autant le canal que l’épiphanie. Le poète (au sens très large du terme, ce qui inclut autant le romancier, que le dramaturge ou l’essayiste) est à l’écoute de l’autre voix qui se manifeste à lui à travers sa propre voix qui devient tout à coup, lieu de résonnance et de rencontre d’il ne sait au juste qui ou quoi, mais dont il a bien conscience autant de la présence que du pouvoir, même s’il s’agit d’un pouvoir occulte et d’une force qui ne s’impose pas mais se propose. » P.183-184

Aujourd’hui, j’ai eu mon premier cours de la session d’hiver à l’université Laval. Le cours que je suis est L’activité créatrice en littérature. Ce cours est donné par Neil Bissoondath. Et ce qu’il a dit en rapport à la création d’une histoire entre en résonnance avec ce que Jean-Noël Pontbriand a écrit dans son essai. Tous les deux sont d’accord sur le fait qu’en écrivant, il faut faire de la place à ce qui nous envahit (présence créative, l’Autre, atmosphère ou personnage qui nous habite) pour écrire ce qui veut s’écrire. Nous n’avons pas le contrôle. Nous ne décidons de rien, ce sont les personnages qui s’imposent. Et nous les laissons vivre à travers soi, par les mots, le langage. L’écrivain est simplement au service de l’histoire, avec humilité. 

Les qualités requises pour devenir un meilleur véhicule pour ces histoires sont la disponibilité d’esprit, l’ouverture, l’abandon, le lâcher-prise, l’écoute, l’observation… Il faut écrire, écrire, écrire… C’est en écrivant que l’histoire se révèle à l’écrivain. On écrit ce qu’on voit à l’intérieur de soi : ces personnages qui agissent, pensent, ressentent, luttent avec leurs failles, tentent de survivre d’une manière ou d’une autre. Le personnage est au cœur de toute histoire, il est l’histoire ! C’est entre autres ce que j’ai retenu le plus du cours d’aujourd’hui. 

J’ai hâte à la semaine prochaine… 

Je conclus cet article avec une phrase que Monsieur Bissoondath a dite en classe et qui m’a marquée : « Il faut prendre l’écriture, notre travail, au sérieux, mais il ne faut pas se prendre au sérieux. » 

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